Célébrons...
CÉLÉBRATION enfin de l'audace et des prises de risque chez le créateur, ingrédients essentiels sans lesquels aucune innovation n'est possible. Aussi allons-nous privilégier les créations et les projets de création contemporaine novateurs voire transgressifs dans les secteurs prioritaires que sont ceux du théâtre, de la danse, de la musique et des arts visuels.
En avril 2011, le premier Centre culturel polyvalent du Bénin ouvrait ses portes au coeur de Cotonou. Une grande salle de spectacle de 700 places, une galerie d'exposition sur plusieurs niveaux pour accueillir des plasticiens ou des performers, des studios audiovisuels pour monter des supports multimédias et des espaces pour des ateliers de formation, des résidences d'artistes, des bureaux ainsi qu'une bibliothèque.
Cette dernière a été baptisée Bibliothèque Wole Soyinka, enhommage à cet auteur yoruba Prix Nobel de littérature fortement engagé dans les réalités socioculturelles de son continent. La bibliothèque possède un fonds de plus de trois cents ouvrages dont une majorité en lien avec les arts vivants. Nous espérons augmenter progressivement ce fonds et le rendre accessible à la fois aux visiteurs mais aussi aux nombreux internautes qui consultent les pages internet de Artisttik Africa.
Chers amis, certains parmi vous se demandent encore sans doute pourquoi nous avons construit ce centre avec nos propres moyens…Nous l'avons assez justifié, et peut-être parfois - je l'admets - de façon laconique. L'Afrique, on le sait, est le gîte de tous les maux, de toutes les horreurs mais aussi de toutes les beautés; ces beautés, on les montre moins. Dieu seul sait pourquoi. Les artistes africains, bons et moins bons, fous, militants et misérables malgré eux, créent tous les jours ; célèbrent tous lesjours ces beautés masquées, inaudibles, rangées dans les tiroirs du non prioritaire et du luxe décrété par des pouvoirs autrement surpris par leur propre mépris de l'essentiel. Ces artistes savent mieux que quiconque qu'ils sont le pont entre leurs publics et l'espoir. Ces artistes savent mieux que quiconque disais-je, quepour eux, rêver et faire rêver ne suffit plus et qu'il leur faut trouver le courage d'enfanter des utopies nouvelles, collectives ou individuelles, nécessairement fédératrices de leurs différences,de leurs manques, enrichissantes, pas seulement pour eux mais pour leurs publics aussi, pour leurs peuples aussi.Ils deviennent dès lors indispensables ces lieux de rendez-vous où nos utopies pourraient être présentées. Je parle de salles despectacle, de théâtres, de galeries d'arts et de festivals. Nous savons que pour s'exprimer, un artiste a besoin d'une scène, d'un lieu… parce qu'une oeuvre d'art qui ne sort pas de l'antichambre où elle est créée n'existe pas ; pas plus qu'un artiste dont personne n'entend parler. Or l'importance et le poids de la mission précisée ci-dessus confèrent à celle-ci un caractère d'urgence qui ne peut plus tolérer l'attente stérile d'une hypothétique décision politique. Voilà pourquoi nous l'avons fait avec nos propres moyens en attendant qu'ils comprennent.
Combien sont-ils en effet, parmi nos autorités, au delà des discours politiques, à croire réellement que la culture est facteur de développement ? Les plus attentifs parmi eux l'entendent comme un slogan creux et trompeur, réagissent comme par générosité « pour aider les artistes à joindre les deux bouts. » Et pourtant...
Prenons à titre illustratif une quelconque profession (pardon pour le vocabulaire): pour travailler on a besoin d'un bureau, d'un siège, d'un lieu. Quand on a un lieu approprié on travaille aisément. L'artiste, lui, crée. Quand il crée, il présente sacréation, se faisant, il met en branle une dynamique d'échanges qui le nourrit. Quand il peut vivre de son métier, il cherche à le faire au mieux, il l'investit totalement.
La constance dela pratique aidant, il s'améliore et avec lui, son art. D'autres le voient faire, d'autres veulent faire comme lui, d'autres commencent à faire comme lui, d'autres viennent à lui pourqu'il leur apprenne à faire. Un enchaînement qui annonce quelque chose de durable. L'offre artistique s'élargit et se diversifie. La presse et les programmateurs d'ici et d'ailleurs auront le choix entre plusieurs propositions. La concurrence produisant de la qualité, le public naît naturellement et prend ses habitudes. Il se crée un environnement économique à partir de l'art qui nourrit les secteurs comme l'artisanat, le tourisme, l'hôtellerie, la restauration, l'immobilier, le transport, lesquels à leur tour se développent incontestablement. Les plus values pour un pays en matière de recettes indirectes, en matière devisibilité, d'entrée de devises et d'opportunités d'échanges sont incalculables. Ce n'est pas tout.
Le secteur culturel dispose aussi d'un énorme potentiel en matière d'offre d'emplois, de renforcement de cohésion sociale et de bien-être des populations. Vous convenez avec moi que dans nos pays, la culture devrait être célébrée. Cela, ils finiront par le comprendre. CÉLÉBRATION aussi comme pour mettre l'accent sur le caractère convivial et festif qui va régir cette dynamique créative que nous sommes en train de mettre en place. C'est également pour affirmer notre besoin de l'ailleurs, notre besoin d'ouverture à d'autres opérateurs culturels du monde. CÉLÉBRATION enfin de l'audace et des prises de risque chez le créateur, ingrédients essentiels sans lesquels aucune innovation n'est possible. Aussi allons-nous privilégier les créations et les projets de création contemporaine novateurs voire transgressifs dans les secteurs prioritaires que sont ceux du théâtre, de la danse, de la musique et des arts visuels. Nous avons dors et déjà mis en place un dispositif d'accueil des spectacles et d'artistes internationaux afin de faciliter le dialogue entre les acteurs culturels et les publics de différents horizons et favoriser la mise en réseau des créateurs quelques soient leurs origines.
Voilà ! En attendant de vous accueillir chez nous, je vous souhaite une excellente année 2012 et une bonne lecture en notre compagnie.
Nous serons là !
Ousmane Alédji