Cinquantenaire des indépendances ? Rangeons. Vite dit vite fait ! Il ne faut surtout pas ressasser. Ce n’est pas commode. Cela risque de gêner nos amis.
 La célébration du cinquantenaire des indépendances a, en effet, donné l’occasion à chacun de refaire l’Afrique avec des ‘’si ceci’’ et des ‘’si cela’’. Toujours est-il qu’avec le temps, de multiples mutations s’opèrent quelques fois malgré les hommes, leurs capacités de nuisance et malgré les aléas physiques et métaphysiques. L’Afrique, heureusement, n’aura pas échappé à  cette loi controversée que le darwinisme présente comme incontournable : la loi de l’évolution naturelle. Tout y passe : les êtres et les choses.
Heureusement, et là je suis d’avis avec les férus de spiritualité, qu’il y a un temps où le mal  ne trompe plus que ceux à qui il profite. Et nous savons aussi que les systèmes et les réseaux politico-affairistes les plus détestables sont conçus et tenus par des hommes. Qu’il y a un temps où la bête se retrouve obligée de changer d’aspect et de méthodes pour sa propre survie. Il en est ainsi de l’occident successivement esclavagiste, colonisateur, néo-colonisateur et dominateur.
Avant de ranger, de faire silence pour les cinquante prochaines années, il me semble important de préciser que la célébration avec faste du cinquantenaire des indépendances ne doit pas être un motif ni un lieu de mensonge et de reniement. L’audace est ici une obligation. Cela y va de notre capacité propre à, en toute responsabilité, tirer des leçons de nos expériences.
L’histoire vraie nous raconte qu’à une époque l’on allait chercher les Noirs d’Afrique pour les amener travailler dans les plantations du Nord ; qu’à une époque des voix s’élevèrent contre cette 1ère abomination, qu’à une époque le Nord fut obligé d’abandonner un commerce qui lui coûtait de toutes façons trop cher en frais de navigation,  en crimes et en  critiques violents pour déplacer à la fois son champs et sa main d’œuvre bon marché chez les indigènes d’Afrique auxquels il déclara la guerre, qu’il  massacra, domestiqua, éduqua à lui produire des matières premières et à lui brader ses ressources minières. « Ce Nord-là est comptable du plus haut tas de cadavres de l’histoire »
L’histoire vraie raconte qu’à une époque des voix s’élevèrent contre cette deuxième barbarie de sorte que le Nord fut obligé d’embaucher pour remplacer ses représentants en Afrique, des valets locaux, une horde de petits nègres analphabètes et suffisamment ignobles pour ne pas reculer même quand il s’agira de commettre l’irréparable.
Cette deuxième trouvaille mérite qu’on s’y attarde parce qu’elle transcende tout. Elle résiste à tout : les critiques et les générations. Les bêtes brutes embauchées ont fait des enfants à qui ils ont passé le relais en mourant. La seule constance reste la mission originelle, c’est à dire : travailler pour le maître. « Tu joues le jeu où tu crèves »
Il est tout à fait normal donc que les maîtres deviennent des gros bras si puissants qu’il leur  suffit de lever un tout petit doigts pour agir sur la stabilité politique, économique et financière du monde, pour agir sur le cours de l’humanité entière. On le voit, ils ne se privent pas d’ailleurs de jouer les gendarmes du monde à l’humeur et devant les caméras, question d’égo et de propagande.
C’est pour cela qu’il me semble que la boulimie chinoise, au demeurant néfaste peut être une chance pour l’Afrique. Une chance parce que la Chine, bien que communiste n’est pas moins capitaliste sauvage. Elle est tout aussi impudique et dénuée de scrupule que l’occident libéral et la seule manière qu’il reste à l’occident de préserver son monopole fortement menacé est de pousser les états africains à se mettre ensemble.
Voilà ce qui bouge et qui malgré tout déplace les lignes, j’ose l’espérer, au profit de l’Afrique. On va donc y arriver. Immanquablement !
Nous devrions assister dans les prochaines années tout au moins à la naissance  d’ensembles  régionaux véritables, capables de résister aux propositions alléchantes de la Chine. Cela me semble incontournable parce que les stratèges de l’occident savent mieux que quiconque qu’à l’heure actuelle aucun Etat africain pris isolement, le Nigéria et l’Afrique du Sud compris, n’est en mesure de résister à long terme aux offres et pressions chinoises sans avoir l’air idiot. Ou l’Occident  pousse les Etats africains sur lesquels il garde encore le contrôle à se mettre ensemble et devient de fait un partenaire privilégié comme le souhaitaient N’Kruma et Lumumba, ou il se contentera des miettes que laissera l’inarrêtable Chine Vorace.
Au plan purement politique, les dictatures héritées et les groupes d’escrocs qui mettent l’Afrique à genoux vont se retrouver à l’étroit. Car qui dit ‘’ensembles régionaux’’ dit respect des règles et principes élémentaires communs. En outre, je vois mal les peuples d’Afrique d’une part, l’Occident inventeur des préceptes démocratiques et des droits de l’homme d’autre part, accepter pendant longtemps encore des dictateurs comme chefs ou interlocuteurs.
 Une dernière hypothèse, peu probable celle-ci : et chinois et occidentaux s’entendent pour partager ’’le gâteau Afrique’’. Mais même dans ce cas de figure cet accord sera sous la menace permanente des puissances émergeantes telles que l’Inde, le Japon, l’Iran etc.
En tous les cas, au plan politique, économique et financier, elle avance cette Afrique. Et elle va se porter encore mieux avec le temps. Moins il y aura d’analphabètes, de dictateurs et de dirigeants aux ordres de l’Occident mieux elle se portera.
Au plan culturel, le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale, les machines à mystifier le tiers-monde inventées par l’Occident ont mis sous programmes d’ajustements structurels la quasi-totalité des états africains avec pour exigence la réorientation de leurs budgets sur des secteurs déclarés prioritaires que sont : l’éducation, la santé et les infrastructures. La culture étant considérée comme un luxe pour des états qui peinent à nourrir convenablement leurs populations.
Aujourd’hui encore aucun Etat de l’espace UEMOA ne met 1% de son budget dans la culture. Malgré cette démission, le secteur culturel en Afrique est plus dynamique que jamais. Des études récentes ont démontré que la contribution du secteur culturel au PIB malien est de 6,4%  et 3,8% au Sénégal. Dans les pays comme le Nigéria, le Ghana et la Côte d’Ivoire où l’industrie de production de disque et de film est plus développée, cette contribution est de l’ordre de 8 à 11%.
L’autre signe qui atteste de façon concrète cette dynamique culturelle est l’émergence de nouveaux lieux de création artistique, des espaces culturels, des festivals et rencontres professionnels initiés et réalisés par des acteurs culturels indépendants. Aujourd’hui, on dénombre dans la sous région ouest africaine plus d’une vingtaine d’espaces culturels en marche, plus d’une quarantaine de festivals, plus d’une cinquantaine de galeries d’art et d’ateliers de formation contre zéro en 1980. Zéro si l’on exclu les festivals organisés par les régimes marxistes et révolutionnaires qui firent des artistes, des chantres  et des griots à la solde des pouvoirs.
Comme on le voit, au lieu que la mise en quarantaine de la culture, caractérisée notamment par la suppression des budgets destinés à ce secteur la condamne à une longue agonie,  c’est plutôt le contraire qui se produit. Un foisonnement d’idées et de projets, une effervescence qui triomphe de tout : réticences idiotes, préjugés et mépris. Le secteur culturel se défend si bien qu’il est devenu précieux aux yeux des partenaires au développement (l’Union Européenne en tête) qui s’accordent désormais sur la nécessité d’investir dans ce secteur.
Bien évidemment, pour que ce secteur soit plus performant il faut trouver un mécanisme de renforcement des capacités matérielles et financières des acteurs culturels crédibles. Cela passe sans doute aussi par une mise en réseau de ces acteurs culturels qui pourraient résoudre un nombre important de leurs problèmes en mutualisant leurs moyens.
 Elle avance donc cette Afrique ; elle avance malgré tout. A son rythme !
 C’est à cette foi, à cette évidence que nous avons consacré ce numéro de votre revue.

Agréable lecture à tous et à toutes !



Nous serons là.


Ousmane Aledji

 

 

 


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